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ALMA et Rosetta détectent du Fréon 40 dans l’espace (ESO)

Du Fréon-40 dans l’espace L’organohalogène chlorure de méthyle (Fréon-40) a été découvert par ALMA autour de la jeune étoile IRAS 16293-2422.

ALMA et Rosetta détectent du Fréon 40 dans l’espace

L’ESO a publié un communiqué de presse scientifique le 2 octobre 2017 concernant la découverte de Fréon 40 dans l’espace. Des observations effectuées au moyen du Vaste Réseau (Sub-)Millimétrique de l’Atacama (ALMA) et de la sonde Rosettta de l’ESA, ont révélé la présence de Fréon 40, un organohalogène, au sein du gaz qui environne une jeune étoile ainsi qu’une comète. Sur Terre, les organohalogènes résultent de la survenue de processus organiques. C’est la toute première fois qu’ils font l’objet d’une détection dans l’espace interstellaire. Cette découverte invite à penser que les oganohalogènes ne sont peut-être pas d’aussi bons marqueurs de la vie qu’espéré, mais qu’ils sont sans doute des composants essentiels de la matière à partir de laquelle les planètes se forment. Ce résultat, à paraître au sein de la revue Nature Astronomy, souligne le défi que constitue la découverte de molécules susceptibles d’indiquer la présence de vie au-delà de la Terre.

ALMA et Rosetta détectent du Fréon-40 dans l’espace

L’organohalogène chlorure de méthyle (Fréon-40) a été découvert par ALMA autour de la jeune étoile IRAS 16293-2422. Les mêmes composants organiques ont été découverts autour de la comète 67P/C-G par l’instrument ROSINA de la sonde spatiale Rosetta de l’ESA. Crédit: B. Saxton (NRAO/AUI/NSF); NASA/ JPL-Caltech/UCLA

Grâce aux données acquises par ALMA au Chili et l’instrument ROSINA à bord de la sonde Rosetta de l’ESA, une équipe d’astronomes a découvert de faibles traces de Freon-40 (CH3Cl), un composé chimique par ailleurs baptisé chlorure de méthyle et chlorométhane, autour du système stellaire en formation IRAS 16293-2422 situé à quelque 400 années lumière de la Terre, ainsi qu’au sein de la célèbre comète 67P/Churyumov-Gerasimenko (67P/C-G) dans notre propre système solaire. Cette nouvelle observation d’ALMA constitue la toute première détection d’un organohalogène dans l’espace interstellaire. Les organohalogènes se composent d’halogènes, tels le chlore et le fluor, liés au carbone et parfois même à d’autres éléments. Sur Terre, ces composés résultent de divers processus biologiques – au sein d’organismes allant de l’Homme aux champignons – ainsi que de processus industriels tels la production de colorants et de médicaments. La récente découverte de l’un de ces composés, le Fréon-40, en des lieux antérieurs à l’origine de la vie, pourrait s’avérer décevante, des travaux antérieurs ayant suggéré que la présence de ces molécules pourrait indiquer la présence de vie.

“La découverte de l’organohalogène Fréon-40 à proximité de ces jeunes étoiles de type Soleil constitua une véritable surprise”, précise Edith Fayolle, chercheur au Centre d’Astrophysique Harvard-Smithson de Cambridge, Massachussets, Etats-Unis, et auteur principal de la nouvelle publication. “Nous n’avions tout simplement pas envisagé sa formation et fûmes surpris de le détecter en si grande quantité. Il apparaît clair à présent que ces molécules se constituent facilement au sein des cocons stellaires, offrant ainsi un aperçu de l’évolution chimique des systèmes planétaires, le nôtre y compris.”

L’étude des exoplanètes a désormais dépassé le simple stade de la quête de planètes – plus de 3000 exoplanètes sont désormais connues – pour se focaliser sur la recherche de marqueurs chimiques censés indiquer la présence potentielle de vie. La détermination des molécules annonciatrices de vie constitue une étape cruciale mais l’établissement de la liste de marqueurs fiables demeure un processus délicat.

“La découverte d’organohalogènes par ALMA dans le milieu interstellaire nous renseigne par ailleurs sur les conditions initiales de la chimie organique planétaire. La connaissance de cette chimie constitue une étape importante vers la compréhension des origines de la vie” ajoute Karin Öberg, co-auteure de l’étude. “Notre découverte suggère que les organohalogènes figurent probablement parmi les composants de la soupe dite “primordiale”, tant sur la Terre jeune que sur les exoplanètes rocheuses naissantes.”

L’instrument ROSINA de Rosetta trouve du Fréon-40 sur la comète 67P/Churyumov–Gerasimenko

Emplacement approximatif de la comète 67P/Churyumov–Gerasimenko quand l’instrument ROSINA de la sonde spatiale Rosetta de l’ESA a découvert de traces de Fréon-40 (chlorure de méthyl), la même molécule qu’ALMA a détectée autour de la région de formation d’étoiles IRAS 16293-2422. Crédit: B. Saxton (NRAO/AUI/NSF)

Ces éléments invitent à penser que les astronomes ont peut-être fait fausse route ; plutôt que d’indiquer la présence d’une vie existante, les organohalogènes pourraient constituer un élément de compréhension de la chimie impliquée dans l’origine de la vie. Jes Jørgensen de l’Institut Niels Bohr à l’Université de Copenhague, co-auteur de l’étude, ajoute : “Ce résultat témoigne de la capacité d’ALMA à détecter des molécules présentant un intérêt astrobiologique dans l’environnement de jeunes étoiles et aux échelles où les planètes pourraient se former. Grâce à ALMA, nous avons dans un premier temps découvert de simples sucres ainsi que les précurseurs d’acides aminés autour de diverses étoiles. La récente découverte de Fréon-40 autour de la comète 67P/C-G renforce le lien entre la chimie prébiotique des protoétoiles distantes et notre propre système solaire.” En outre, les astronomes ont comparé les quantités relatives de Fréon-40 qui contiennent différents isotopes de carbone dans le jeune système solaire et la comète – et découvert des abondances similaires. Ce résultat renforce l’hypothèse selon laquelle un jeune système planétaire peut hériter de la composition chimique du cocon stellaire dont il est issu et suggère la possibilité que les organohalogènes puissent être acheminés sur les protoplanètes en cours de formation ou via des impacts cométaires.

“Nos résultats indiquent qu’il nous reste encore beaucoup à apprendre sur la formation des organohalogènes” conclut Edith Fayolle. “Pour ce faire, d’autres recherches d’organohalogènes autour d’autres protoétoiles doivent être menées.”

Source

L’intégralité du communiqué publié par l’ESO le 02/10/2017 est ici.