ISS : Accord entre la Russie et la NASA jusqu’en 2028

ISS : Accord entre la Russie et la NASA jusqu’en 2028
Cette vue prise par la caméra de Thomas Marshburn, astronaute de la NASA, pointe vers le bas, en direction de la Station spatiale internationale, la Terre à 425 kilomètres en dessous de lui. Marshburn était attaché au bras robotique Canadarm2 lors d'une sortie dans l'espace. Crédit: NASA/ESA

ISS : Accord entre la Russie et la NASA jusqu’en 2028

Accord Russie NASA : Alors que les tensions géopolitiques entre la Russie et les États-Unis perdurent depuis l’invasion de l’Ukraine, une annonce vient raviver l’espoir d’une coopération pacifique au-dessus de nos têtes. L’agence spatiale russe (Roscosmos) et la NASA se sont officiellement accordées pour prolonger l’exploitation conjointe de la Station spatiale internationale (ISS) jusqu’en 2028. Cette décision, révélée lors d’une rencontre inédite entre les deux agences à Cape Canaveral, marque un tournant dans la gestion de la station orbitale, alors que son avenir commençait à s’assombrir à l’approche de la prochaine décennie. Ce prolongement vient consolider un partenariat stratégique vieux de plus de deux décennies, tout en ouvrant la voie à une transition progressive vers une nouvelle génération de stations spatiales.

Une coopération renouvelée malgré les tensions géopolitiques

Depuis 2022, la coopération internationale avec la Russie dans le domaine spatial semblait menacée. L’invasion de l’Ukraine par Moscou, les sanctions économiques occidentales, et les échanges diplomatiques réduits au strict minimum avaient jeté un voile d’incertitude sur l’avenir du programme ISS. Pourtant, contre toute attente, la Russie et les États-Unis viennent de démontrer que l’espace reste un terrain d’entente, même dans un climat international tendu.

Le 31 juillet 2025, une rencontre historique s’est tenue à Cape Canaveral, en Floride. C’est la première fois depuis 2018 que les responsables de la NASA et de Roscosmos se retrouvent en personne pour discuter d’un accord bilatéral. Le nouveau patron depuis février dernier de Roscosmos, Dmitry Bakanov, et l’administrateur par intérim de la NASA, Sean Duffy, ont convenu de prolonger la coopération sur la Station spatiale internationale jusqu’à fin 2028. Un accord salué comme un geste fort en faveur de la science, du pragmatisme, et de la continuité.

En dépit de divergences politiques profondes, les deux agences spatiales ont réussi à préserver un dialogue opérationnel, en grande partie grâce à l’interdépendance technique des modules de l’ISS. Les segments russes fournissent notamment la propulsion et le contrôle orbital de la station, tandis que les segments américains assurent l’alimentation électrique et une grande partie des équipements scientifiques. Une séparation complète aurait donc été non seulement complexe, mais risquée pour la sécurité de l’équipage.

« La discussion s’est bien déroulée. Nous avons convenu de poursuivre l’utilisation de l’ISS jusqu’en 2028. Il est important que le nouveau directeur de la NASA l’ait confirmé. Nous travaillerons sur le processus de désorbitation jusqu’en 2030 », a déclaré Bakanov aux journalistes à l’issue d’une réunion avec Duffy.

Jusqu’en 2028 : que contient cet accord ?

L’accord officialisé entre la NASA et Roscosmos prévoit la prolongation de la participation russe au programme de la Station spatiale internationale jusqu’à fin 2028. Cette décision confirme que Moscou restera un partenaire actif, au même titre que les États-Unis, l’Europe (ESA), le Japon (JAXA) et le Canada (ASC), pour garantir le fonctionnement et l’exploitation scientifique de l’ISS pendant encore plusieurs années.

Parmi les éléments clés de cet accord :

  • Le maintien des vols croisés : les astronautes russes continueront de voler à bord des capsules américaines Crew Dragon de SpaceX, et les astronautes de la NASA pourront toujours embarquer à bord des Soyouz. Ce système de “cross-flight” assure une présence continue de chaque agence sur l’ISS, quel que soit le véhicule disponible.
  • La coordination technique et opérationnelle : les deux agences s’engagent à poursuivre la maintenance conjointe de la station, à échanger leurs données techniques et à travailler ensemble pour garantir la sécurité des équipages.
  • Une coopération encadrée sur le désorbitage de la station : bien que la NASA ait annoncé la fin du programme ISS autour de 2030, une planification commune est engagée pour assurer une désorbitation contrôlée de la station. La Russie participera à ces discussions, et SpaceX est déjà mandatée pour développer un véhicule de remorquage spatial destiné à cette manœuvre complexe.

Cet accord intervient à un moment critique : plusieurs modules de l’ISS présentent des signes de vieillissement avancé, notamment du côté russe, avec des microfissures et des fuites d’air détectées au fil des ans. Malgré cela, la décision de prolonger l’utilisation de la station jusqu’en 2028 permet de poursuivre les recherches scientifiques en microgravité et de préparer la transition vers de nouvelles plateformes spatiales.

Pourquoi maintenir l’ISS aussi longtemps ?

Depuis son lancement en 1998, la Station spatiale internationale s’est imposée comme l’un des laboratoires scientifiques les plus précieux en orbite terrestre. Maintenir son exploitation jusqu’en 2028 n’est pas qu’une question de diplomatie : c’est aussi un enjeu stratégique pour la recherche, la technologie et la préparation des futures missions spatiales habitées.

Un laboratoire unique en microgravité

L’ISS permet de mener des expériences impossibles sur Terre, dans des domaines aussi variés que :

  • la médecine (étude du vieillissement, de l’atrophie musculaire, du comportement cellulaire),
  • la physique fondamentale (comportement des fluides, combustion, rayonnement),
  • la biologie (culture de plantes en orbite, microbiologie),
  • et même les sciences des matériaux.

Une plateforme d’observation de la Terre

Depuis l’ISS, les astronautes et les instruments embarqués peuvent observer notre planète avec une perspective unique, permettant d’étudier :

  • les phénomènes météorologiques extrêmes,
  • l’impact du changement climatique,
  • l’évolution des glaces polaires,
  • ou les éruptions volcaniques et incendies de forêt.

Une étape vers l’exploration lointaine

La station est également un terrain d’essai essentiel pour les futures missions vers la Lune et Mars :

  • entraînement des astronautes sur le long terme,
  • test des systèmes de survie,
  • validation des procédures et protocoles médicaux.

Prolonger l’ISS jusqu’en 2028 donne donc plus de temps aux agences pour transférer leurs expériences et technologies vers les futures stations, qu’elles soient lunaires ou privées.

Vers la fin de l’ISS : désorbitage, remorqueur spatial et alternatives

Malgré cette prolongation jusqu’en 2028, l’ISS approche de la fin de son cycle de vie. Après plus de 25 ans en orbite, la station montre des signes de fatigue structurelle, notamment au niveau des modules russes. Les agences partenaires savent que l’exploitation au-delà de 2030 ne serait plus viable ni sécurisée.

Un désorbitage planifié autour de 2030

La NASA a confirmé son intention de désorbiter la station spatiale en toute sécurité d’ici 2030. Pour cela, l’agence américaine a attribué un contrat de 843 millions de dollars à SpaceX pour développer un véhicule de remorquage spatial capable de guider l’ISS vers une désintégration contrôlée dans l’atmosphère, au-dessus du Pacifique sud. Roscosmos participera à la coordination de cette opération complexe.

La relève se prépare déjà

Plusieurs projets alternatifs sont en cours pour assurer une continuité des activités en orbite basse (LEO) :

  • Stations commerciales américaines : la NASA soutient le développement de stations privées, notamment celles de Blue Origin, Axiom Space ou encore Voyager Space (Starlab).
  • Station ROSS (Russia Orbital Service Station) : la Russie ambitionne de lancer sa propre station spatiale en 2028 mais le délais semble optimiste.
  • Station spatiale chinoise Tiangong : en dehors du programme ISS, mais en pleine expansion.

Le départ progressif de l’ISS marquera donc une transition historique vers un espace multipolaire, où les grandes puissances — mais aussi des acteurs privés — exploiteront leurs propres stations.

Une station spatiale entre deux mondes

Malgré les tensions sur Terre, l’ISS reste un rare symbole de coopération internationale. Russes, Américains, Européens et autres partenaires y travaillent ensemble chaque jour, à 400 km d’altitude. Plus qu’un exploit technique, c’est une aventure humaine qui dépasse les frontières. À l’heure où les stations nationales et privées se multiplient, l’ISS rappelle que l’exploration partagée est encore possible — et précieuse.

L’annonce conjointe de la NASA et de Roscosmos prolongeant la coopération sur l’ISS jusqu’en 2028 constitue bien plus qu’une simple décision administrative. C’est une déclaration d’intention : celle de continuer à faire de l’espace un lieu de collaboration scientifique, au-delà des divisions terrestres. En maintenant en vie cette station emblématique encore quelques années, les grandes puissances s’offrent un temps précieux pour organiser la transition vers l’après-ISS, tout en perpétuant l’esprit de partenariat qui en a fait le succès. À l’aube d’une nouvelle ère, marquée par les stations privées, les ambitions lunaires et les rivalités stratégiques, l’ISS s’impose comme un dernier phare d’une époque où l’on construisait ensemble, en orbite, un avenir commun pour l’humanité.

Source

Retrouvez un article publié par Reuters le 29/07/2025 ici et un autre publié le 01/08/2025 ici. Retrouvez aussi un article publié par l’agence de presse russe Tass ici.