European Launcher Challenge : cinq startups spatiales retenues
L’Agence spatiale européenne (ESA) a révélé ce 7 juillet les cinq entreprises présélectionnées dans le cadre de son programme stratégique European Launcher Challenge. Lancée pour stimuler l’émergence de nouveaux lanceurs spatiaux européens, cette initiative marque une rupture avec le modèle institutionnel traditionnel, en s’appuyant sur des acteurs privés pour garantir un accès autonome, compétitif et durable à l’orbite basse. Parmi les douze candidatures reçues, cinq sociétés – issues d’Allemagne, de France, d’Espagne et du Royaume-Uni – ont été retenues pour entrer dans la seconde phase de sélection, avec en ligne de mire des contrats de lancement institutionnels à partir de 2026.
Un tournant pour l’accès européen à l’espace
Lancé en novembre 2023, le European Launcher Challenge s’inscrit dans une volonté de l’ESA de diversifier ses fournisseurs de services de lancement, à l’image du modèle américain qui a vu émerger des acteurs comme SpaceX. L’initiative repose sur deux volets complémentaires : un contrat sur les services de lancement institutionnels (2026–2030) et un support au développement technologique incluant un premier vol orbital avant fin 2027, suivi d’une démonstration de capacité améliorée avant 2028. Dotée d’un budget pouvant atteindre 169 millions d’euros par entreprise retenue, cette compétition constitue une opportunité sans précédent pour les startups spatiales européennes, appelées à jouer un rôle central dans l’avenir du transport spatial sur le Vieux Continent.
Cinq sociétés sélectionnées pour incarner la relève
Parmi les douze candidatures soumises à l’ESA, cinq sociétés ont été retenues pour la phase suivante. Toutes développent des lanceurs orbitaux de nouvelle génération, souvent réutilisables, visant à renforcer l’autonomie européenne d’accès à l’espace.
- Isar Aerospace (Allemagne), basée à Ottobrunn, est l’un des acteurs les plus avancés. Sa fusée Spectrum, conçue pour placer jusqu’à une tonne en orbite basse, a récemment effectué une tentative de lancement depuis Andøya, bien que celle-ci se soit soldée par un échec. Malgré ce revers, Isar conserve une avance technologique notable.
- Autre entreprise allemande, Rocket Factory Augsburg (RFA) développe le lanceur RFA One. Elle vise la réutilisabilité partielle et opère depuis le port spatial de SaxaVord, en Écosse. Si des tests ont récemment conduit à une explosion au sol, RFA affirme poursuivre une cadence d’essais soutenue vers un premier vol orbital.
- Côté français, Maiaspace, filiale de la société ArianeGroup, propose une vision stratégique fondée sur une forte intégration européenne. Sa fusée Maia, à propulsion méthalox réutilisable, est conçue pour être lancée depuis le Centre spatial guyanais (CSG), en Guyane française, renforçant l’autonomie continentale.
- Orbex, société britannique basée en Écosse, mise sur un modèle compact, léger et à faible empreinte carbone. Son lanceur Prime, prévu pour décoller depuis la base de Sutherland, est entré en phase d’intégration finale, avec un vol inaugural attendu en 2026.
- Enfin, l’espagnole PLD Space se distingue par sa trajectoire progressive. Après un vol suborbital réussi de Miura 1, la société se concentre sur le développement de Miura 5, un lanceur orbital réutilisable prévu pour 2026. Elle prévoit aussi un véhicule plus ambitieux, Miura Next, en ligne avec les objectifs de l’ESA.
| Entreprise | Pays | Lanceur | Objectif principal | Premiers vols attendus |
|---|---|---|---|---|
| Isar Aerospace | Allemagne | Spectrum | Lanceur léger réutilisable, orbite basse | Premier vol tenté en 2025 (échec) |
| Rocket Factory Augsburg (RFA) | Allemagne | RFA One | Lanceur partiellement réutilisable, 1,3 t en orbite | Essais en 2024–2025, vol orbital prévu fin 2025 |
| Maiaspace | France | Maia | Lanceur réutilisable, Guyane française | Vol orbital d’ici 2026–2027 |
| Orbex | Royaume-Uni | Prime | Lanceur léger, production carbone réduite | Premier vol prévu en 2026 |
| PLD Space | Espagne | Miura 5 | Lanceur réutilisable, suite de Miura 1 suborbital | Vol orbital prévu en 2026 |
Les étapes à venir vers une décision finale
La sélection des cinq challengers ne marque pas la fin du processus, mais le début d’une phase de dialogue approfondi entre l’ESA, les entreprises retenues et les États membres. Cette phase, prévue pour le second semestre 2025, permettra d’évaluer plus en détail la viabilité technique, économique et opérationnelle des projets, en tenant compte des attentes spécifiques des institutions européennes en matière de capacité d’accès à l’espace. Ce dialogue débouchera sur la deuxième phase du programme, à laquelle seuls les cinq finalistes pourront participer. Cette phase sera formellement lancée lors du Conseil ministériel de l’ESA (CM25), prévu en novembre 2025. À cette occasion, les États membres décideront de l’attribution des contrats définitifs dans les deux composantes du challenge : services de lancement (A) et démonstrateur de capacité améliorée (B).
Les entreprises retenues devront ensuite concrétiser leurs engagements en réalisant, conformément aux exigences de l’appel à propositions. Le lancement effectif des missions institutionnelles est, quant à lui, prévu à partir de 2026, avec une montée en puissance progressive sur la période 2026–2030.
Avec la pré‑sélection de cinq acteurs émergents du secteur spatial, l’Agence spatiale européenne engage une transformation profonde de sa stratégie d’accès à l’orbite. Le European Launcher Challenge marque une inflexion vers une approche plus compétitive, agile et ouverte aux solutions privées, rompant avec la logique historique de centralisation industrielle. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte mondial marqué par l’essor de la réutilisabilité, l’explosion des constellations et la domination croissante de prestataires extra‑européens. En misant sur une génération de lanceurs innovants, l’ESA affirme sa volonté de restaurer la souveraineté technologique du continent tout en stimulant un tissu industriel nouveau, capable de rivaliser sur la scène internationale.
Source
La page de l’ESA dédiée à l’European Launcher Challenge est ici, celle concernant la sélection des finalistes est ici
