Premières images historiques du pôle sud du Soleil (Solar Orbiter)

Premières images historiques du pôle sud du Soleil (Solar Orbiter)
Cette image montre la vue du pôle sud du Soleil depuis Solar Orbiter le 23 mars 2025. Crédit: ESA & NASA/Solar Orbiter/EUI Team, D. Berghmans (ROB)

Premières images historiques du pôle sud du Soleil (Solar Orbiter)

En mars 2025, une étape scientifique majeure a été franchie dans l’exploration solaire : pour la toute première fois, la sonde Solar Orbiter, développée par l’Agence spatiale européenne (ESA) en collaboration avec la NASA, a capturé directement des images inédites du pôle sud du Soleil. Cette avancée marque un tournant dans notre compréhension de notre étoile, particulièrement dans la dynamique complexe de son champ magnétique et des phénomènes qui en découlent, comme les éruptions et le vent solaire.

Une perspective unique : la découverte du pôle sud solaire

La sonde Solar Orbiter a réussi l’exploit technique de s’incliner à 17 degrés en dessous du plan de l’équateur solaire, permettant ainsi de photographier directement le pôle sud du Soleil, jusque-là inaccessible. Cette perspective unique ouvre une nouvelle fenêtre pour l’étude des phénomènes solaires qui influencent directement notre environnement spatial.

Principales découvertes

Le champ magnétique chaotique au pôle sud

L’instrument PHI (Polarimetric and Helioseismic Imager) a révélé un paysage magnétique étonnamment chaotique au pôle sud solaire. Les images montrent un mélange inhabituel de champs magnétiques positifs et négatifs à petite échelle. Ce phénomène s’explique par l’approche du maximum solaire, période où le champ magnétique global du Soleil est sur le point de s’inverser. Comprendre ces variations est essentiel pour anticiper les cycles d’activité solaire et leurs répercussions sur Terre.

Carte magnétique de la surface solaire
Carte magnétique de la surface solaire, enregistrée par la mission Solar Orbiter, dirigée par l’ESA, entre le 11 février et le 29 avril 2025. Grâce à son orbite inclinée, la sonde a obtenu pour la première fois des images nettes des pôles sud et nord du Soleil durant cette période. Plus la couleur est foncée (rouge/bleu), plus le champ magnétique est intense le long de la ligne de visée entre Solar Orbiter et le Soleil. Ces cartes ont été enregistrées par l’instrument Polarimetric and Heliosismic Imager (PHI) de la mission.
Les champs magnétiques les plus intenses se situent dans deux bandes de part et d’autre de l’équateur solaire. Les zones rouge foncé et bleu foncé mettent en évidence les zones actives, où le champ magnétique se concentre en taches solaires à la surface du Soleil. Les pôles sud et nord du Soleil sont parsemés de taches rouges et bleues. Cela démontre qu’à petite échelle, le champ magnétique solaire présente une structure complexe et en constante évolution. Crédit : ESA & NASA/Solar Orbiter/PHI Team, J. Hirzberger (MPS)

Jets solaires et vent solaire vus à haute latitude

Grâce à l’instrument SPICE (Spectral Imaging of the Coronal Environment), Solar Orbiter a pu réaliser pour la première fois des mesures Doppler à haute latitude, permettant ainsi d’observer précisément les mouvements rapides de particules à la frontière entre la surface solaire et sa couronne. Ces observations inédites ont mis en évidence des jets de particules solaires très dynamiques, susceptibles d’alimenter le vent solaire. Ces informations amélioreront considérablement nos prévisions des tempêtes solaires, critiques pour protéger nos infrastructures technologiques sur Terre.

Structures inconnues dans la couronne solaire

L’instrument EUI (Extreme Ultraviolet Imager) a capturé des structures jusqu’ici inconnues, telles que des arches et des plumes de plasma chaud émergeant du pôle sud. Ces structures jouent un rôle fondamental dans la compréhension des températures extrêmes de la couronne solaire, atteignant plusieurs millions de degrés Celsius, un mystère qui intrigue les scientifiques depuis des décennies.

Pourquoi ces découvertes comptent-elles ?

Ces nouvelles observations apportent des informations capitales sur le fonctionnement du Soleil et sur les impacts potentiels de ses fluctuations sur notre planète. En comprenant mieux le comportement du champ magnétique solaire, les scientifiques espèrent pouvoir prévoir plus précisément les tempêtes solaires, phénomènes capables de perturber gravement les satellites, les communications radio, et même les réseaux électriques sur Terre. D’un point de vue scientifique, ces données permettent d’affiner les modèles théoriques sur le cycle solaire et d’améliorer notre compréhension générale de la physique stellaire, essentielle pour l’ensemble de l’astrophysique moderne.

Les premières images mondiales du pôle sud du Soleil par Solar Orbiter
Ce collage montre la vue du pôle sud du Soleil prise par Solar Orbiter les 16 et 17 mars 2025, depuis un angle d’observation d’environ 15° sous l’équateur solaire. Il s’agissait de la première campagne d’observation à angle élevé de la mission, quelques jours avant d’atteindre son angle d’observation maximal actuel de 17°. Crédit : ESA & NASA/Solar Orbiter/PHI, EUI and SPICE Teams

La suite de l’exploration solaire

Solar Orbiter ne s’arrête pas là. La prochaine étape cruciale sera fin 2026, lorsque la sonde augmentera l’inclinaison de son orbite à 24 degrés suite à un survol de Vénus, puis à 33 degrés en 2029. Ces futures positions orbitales offriront des vues encore plus complètes et précises des régions polaires du Soleil, permettant une exploration encore plus approfondie et prometteuse de ses mystères.

La capture historique du pôle sud solaire par Solar Orbiter marque une avancée scientifique majeure dans l’étude du Soleil. Ces observations inédites renforcent notre capacité à anticiper les phénomènes solaires potentiellement dangereux et ouvrent de nouvelles voies passionnantes dans notre quête de compréhension de notre étoile, véritable moteur de la vie sur Terre. L’exploration du Soleil continue ainsi d’être essentielle non seulement pour la science fondamentale, mais également pour préserver la sécurité technologique de notre planète.

Source

Retrouvez l’article publié par l’ESA le 11/06/2025 ici