Ariane 6 : Arianespace engrange une série de nouveaux contrats de lancement
Après plusieurs années marquées par les retards du programme et une période délicate pour l’accès européen à l’espace, Ariane 6 commence à remplir l’un de ses principaux objectifs : retrouver une place importante sur le marché commercial mondial des lancements.
À l’occasion du Sommet spatial international organisé à Paris, Arianespace a annoncé en seulement deux jours sept nouveaux contrats et protocoles d’accord représentant près de dix lancements Ariane 64. Il s’agit de la plus importante prise de commandes enregistrée depuis l’entrée en service du nouveau lanceur européen.
Amazon Leo, Eutelsat, The Exploration Company et le constructeur américain AscendArc ont signé des contrats de lancement, tandis qu’ICEYE, EnduroSat et AgenaSpace ont conclu des protocoles d’accord préparant de futures missions. Depuis, cette dynamique s’est poursuivie avec un nouvel accord annoncé le 17 septembre avec le constructeur européen de satellites Aerospacelab.
Amazon ajoute six lancements Ariane 64
L’annonce la plus importante concerne incontestablement Amazon Leo, la constellation de satellites de télécommunications en orbite basse développée par Amazon.
Amazon a commandé six lancements Ariane 64 supplémentaires, portant de 18 à 24 le nombre total de missions confiées à Arianespace. Les nouveaux vols doivent intervenir à partir de 2029, l’ensemble du programme étant actuellement prévu jusqu’en 2031. Le partenariat entre Amazon et Arianespace est déjà entré dans sa phase opérationnelle. En 2026, trois missions Ariane 64 ont placé en orbite un total de 100 satellites Amazon Leo en moins de cinq mois.
La dernière de ces trois missions, réalisée en juin, a également inauguré les nouveaux propulseurs P160C. Avec ces boosters plus puissants, la capacité d’emport d’Ariane 64 atteint environ 22 tonnes en orbite basse.
Cette nouvelle commande d’Amazon donne ainsi à Arianespace une visibilité commerciale sur plusieurs années et constitue une base importante pour accompagner la montée en cadence industrielle d’Ariane 6.
Eutelsat revient chez Arianespace pour OneWeb
Autre contrat particulièrement symbolique : Eutelsat a commandé deux lancements Ariane 64 afin de participer au renouvellement de sa constellation OneWeb.
Les deux missions sont prévues entre 2027 et 2028 depuis le Centre spatial guyanais.
Il s’agit en quelque sorte d’un retour aux sources pour OneWeb. Entre 2019 et 2022, Arianespace avait effectué 13 lancements pour la constellation et placé 428 satellites en orbite avant que les conséquences de l’invasion de l’Ukraine ne bouleversent son programme de lancement.
Le choix d’Ariane 6 pour le renouvellement de OneWeb possède également une dimension stratégique : Eutelsat est aujourd’hui le seul opérateur européen disposant d’une constellation mondiale de télécommunications en orbite basse.
L’Europe associera donc à nouveau une constellation européenne à son propre moyen d’accès indépendant à l’espace.
Ariane 6 lancera la capsule Nyx de The Exploration Company
Ariane 6 ne servira pas uniquement au lancement de satellites. Arianespace a également signé un contrat avec The Exploration Company pour lancer une mission de démonstration de sa capsule spatiale réutilisable Nyx avec une Ariane 64.

Cette mission sera réalisée dans le cadre du programme ALADDIN de l’Agence spatiale européenne et doit contribuer au développement d’une capacité européenne autonome de transport de fret vers et depuis l’orbite terrestre basse. Après son largage par Ariane 6, Nyx poursuivra sa mission de manière autonome.
Ce contrat est particulièrement intéressant pour l’écosystème spatial européen puisqu’il associera un lanceur européen à une nouvelle génération de véhicules orbitaux développés en Europe. À terme, The Exploration Company ambitionne notamment d’utiliser Nyx pour transporter du fret entre la Terre, les stations spatiales et d’autres destinations.
KOREASAT 9 : Ariane 6 séduit également en Asie
La nouvelle vague de contrats ne concerne pas uniquement les clients européens.
Le constructeur américain AscendArc a choisi Arianespace pour placer en orbite KOREASAT 9, le prochain satellite de télécommunications de l’opérateur sud-coréen KT SAT.
Son lancement est prévu au second semestre 2028, dans le cadre d’une mission partagée d’Ariane 6 vers une orbite de transfert géostationnaire.
Après séparation, KOREASAT 9 utilisera sa propulsion électrique pour rejoindre son orbite géostationnaire définitive.
Le satellite doit fournir plusieurs centaines de gigabits par seconde de capacité en bande Ka et améliorer les services Internet à haut débit dans la région Asie-Pacifique.
Cette mission confirme également le retour d’Ariane sur un marché historique pour Arianespace : celui des satellites commerciaux de télécommunications géostationnaires.
ICEYE prépare de futurs lancements sur Ariane 6
À ces contrats fermes viennent s’ajouter plusieurs protocoles d’accord susceptibles de déboucher sur de nouvelles commandes.

Arianespace et ICEYE étudient notamment l’utilisation d’Ariane 6 pour le lancement de futurs satellites d’observation radar de la société finlandaise. Les missions envisagées seraient notamment destinées aux gouvernements et institutions européennes. ICEYE développe des satellites utilisant un radar à synthèse d’ouverture, ou SAR, capable d’observer la surface terrestre de jour comme de nuit et à travers les nuages. Cette coopération répond directement aux préoccupations européennes actuelles concernant la souveraineté dans les domaines de l’observation de la Terre, de la sécurité et de la défense.
EnduroSat vise Ariane 64 à partir de 2029
Arianespace s’est également rapproché d’EnduroSat, qui développe et exploite des satellites pour des clients commerciaux et institutionnels.
Le protocole d’accord prévoit qu’EnduroSat puisse réserver des services de lancement auprès d’Arianespace à partir de 2029. L’entreprise envisage notamment d’utiliser Ariane 64 pour déployer des flottes de satellites appartenant à ses clients. L’objectif est de proposer une chaîne européenne allant de la construction des satellites à leur mise en orbite et à leur exploitation.
AgenaSpace veut aller au-delà de l’orbite atteinte par Ariane 6
Le partenariat avec AgenaSpace explore une approche différente. La société développe l’Autonomous RocketPack, un véhicule de transfert orbital destiné à prendre en charge des satellites après leur lancement pour les transporter vers leur orbite opérationnelle.
Arianespace et AgenaSpace étudient ainsi une offre combinant Ariane 6 et ce véhicule de transfert orbital.
Une telle solution permettrait à Arianespace de proposer davantage qu’un simple lancement : Ariane 6 placerait les charges utiles sur une orbite intermédiaire, avant qu’un véhicule orbital prenne le relais pour atteindre différentes destinations.
Aerospacelab rejoint à son tour Ariane 6
La dynamique ne s’est pas arrêtée avec le Sommet spatial international.
Le 17 septembre 2026, pendant la World Space Business Week, Arianespace et la société belge Aerospacelab ont annoncé un nouveau protocole d’accord.
Aerospacelab envisage notamment d’utiliser Ariane 64 pour déployer des flottes de satellites, principalement dans le cadre de missions institutionnelles et commerciales européennes.
Les deux entreprises vont travailler en amont afin d’adapter les configurations de lancement au nombre de satellites, à leurs caractéristiques et au calendrier de déploiement.
Cet accord vient compléter ceux conclus quelques jours auparavant avec ICEYE, EnduroSat et AgenaSpace et montre qu’Arianespace cherche à positionner Ariane 64 comme l’un des outils de déploiement des futures constellations européennes.
Ariane 64 devient la pièce maîtresse de la stratégie commerciale
Un point commun ressort de presque toutes ces annonces : Ariane 64, la version d’Ariane 6 équipée de quatre propulseurs d’appoint, occupe désormais une place centrale dans la stratégie commerciale d’Arianespace. Amazon Leo, OneWeb, Nyx ainsi que les futurs projets d’EnduroSat ou d’Aerospacelab doivent ou pourraient utiliser cette configuration.
Le lanceur doit ainsi répondre à plusieurs marchés très différents : grandes constellations en orbite basse, satellites géostationnaires, missions institutionnelles, transport spatial ou encore déploiements multiples associés à des véhicules de transfert orbital.
Cette diversification est importante pour Ariane 6. Le lanceur européen ne peut pas rivaliser avec la cadence extrêmement élevée de Falcon 9, mais Arianespace cherche à construire un modèle combinant missions institutionnelles européennes et commandes commerciales internationales.
Les contrats annoncés en septembre apportent surtout la visibilité nécessaire pour poursuivre la montée en cadence d’Ariane 6. Après avoir retrouvé un accès autonome à l’espace, l’Europe doit maintenant relever un autre défi : produire et lancer suffisamment d’Ariane 6 pour satisfaire un carnet de commandes qui commence sérieusement à se remplir.
Sources
- Arianespace – Ariane 6 confirme sa dynamique commerciale au Sommet spatial international. Voir le communiqué
- Arianespace – Six lancements Ariane 64 supplémentaires pour Amazon Leo. Voir le communiqué
- Arianespace – Deux lancements pour le renouvellement de la constellation Eutelsat OneWeb. Voir le communiqué
- Arianespace – Contrat avec The Exploration Company pour le lancement de la capsule Nyx. Voir le communiqué
- Arianespace – Lancement de KOREASAT 9 pour KT SAT et AscendArc. Voir le communiqué
- Arianespace – Protocole d’accord avec ICEYE pour de futurs lancements à bord d’Ariane 6. Voir le communiqué
- Arianespace – Protocole d’accord avec EnduroSat pour de futurs lancements Ariane 64. Voir le communiqué
- Arianespace – Protocole d’accord avec AgenaSpace autour des services de transfert orbital. Voir le communiqué
- Arianespace – Protocole d’accord avec Aerospacelab annoncé le 17 septembre 2026. Voir le communiqué
