La fusée Spectrum d’Isar Aerospace atteint l’orbite dès son deuxième vol
La fusée Spectrum de l’entreprise allemande Isar Aerospace a réussi son deuxième vol et atteint l’orbite terrestre, samedi 5 septembre 2026. Lancée depuis le complexe d’Andøya Space, en Norvège, la mission « Onward and Upward » a également permis de déployer cinq CubeSats et une expérience technologique.
Ce succès constitue une étape majeure pour le développement d’un accès commercial européen à l’espace. Isar Aerospace affirme être devenue la première entreprise spatiale commerciale européenne à placer des satellites en orbite, après seulement deux vols de son lanceur Spectrum.
Spectrum réussit son deuxième vol
Le décollage a eu lieu à 22 h 12, heure de Paris, depuis le pas de tir spécialement construit par Isar Aerospace à Andøya. Cette deuxième mission avait un double objectif : qualifier le lanceur dans des conditions opérationnelles et réaliser son premier vol avec de véritables charges utiles.
Le profil de vol s’est déroulé conformément aux attentes de l’entreprise. Spectrum a franchi la phase de pression aérodynamique maximale, puis réalisé l’extinction de ses moteurs du premier étage et la séparation des deux étages.
Le deuxième étage s’est ensuite allumé comme prévu. La fusée a franchi la ligne de Kármán, située à 100 kilomètres d’altitude, avant de larguer sa coiffe. Après avoir atteint sa vitesse orbitale, Spectrum a effectué la manœuvre de circularisation nécessaire à l’insertion des charges utiles. La séparation des satellites a finalement été réalisée avec succès. Isar Aerospace travaille désormais avec ses clients afin de confirmer l’état et le fonctionnement de chaque satellite après leur mise en orbite.
Orbit Achieved. Payload Deployed.
Mission ‘Onward and Upward’ delivered our first customer satellites to orbit, achieving major milestones:
✅ MaxQ
✅ Stage separation
✅ Stage 2 engine ignition
✅ Fairing separation
✅ ORBIT
✅ Second engine cutoff and transfer orbit injection… pic.twitter.com/gEa99hJyAf— Isar Aerospace (@isaraerospace) September 6, 2026
Une mission européenne avec six charges utiles
La mission « Onward and Upward » transportait cinq CubeSats ainsi qu’une expérience technologique :
- CyBEEsat, développé par la Technische Universität Berlin ;
- TriSat-S, développé par l’Université de Maribor, en Slovénie ;
- Platform 6, fourni par l’entreprise bulgare EnduroSat ;
- FramSat-1, développé par l’Université norvégienne de sciences et de technologie, la NTNU ;
- SpaceTeamSat1, conçu par le TU Wien Space Team, en Autriche ;
- Let It Go, une expérience développée par l’entreprise allemande Dcubed.
Ces charges utiles avaient été sélectionnées dans le cadre de la compétition allemande dédiée aux microlanceurs, organisée par l’Agence spatiale allemande au sein du DLR. Le programme, soutenu par l’initiative européenne ESA Boost!, vise notamment à offrir aux établissements d’enseignement, aux start-up et aux instituts de recherche un accès abordable à l’orbite.
Parmi les missions embarquées, CyBEEsat doit notamment servir de démonstrateur pour des technologies de communication miniaturisées. FramSat-1 est quant à lui un satellite étudiant norvégien équipé d’un capteur solaire expérimental. SpaceTeamSat1 constitue le premier CubeSat développé de manière autonome par le TU Wien Space Team.
Un lanceur conçu pour les petits et moyens satellites
Spectrum est un lanceur orbital à deux étages mesurant 28 mètres de haut pour deux mètres de diamètre. Il utilise de l’oxygène liquide et du propane comme ergols. Son premier étage est équipé de neuf moteurs Aquila, tandis que le deuxième étage utilise un moteur Aquila adapté au fonctionnement dans le vide. Isar Aerospace annonce une capacité maximale de 1 000 kilogrammes vers l’orbite basse terrestre et de 700 kilogrammes vers une orbite héliosynchrone.
Le lanceur est destiné à placer en orbite des satellites de petite et moyenne taille, mais également des éléments de constellations. Isar Aerospace développe et fabrique la grande majorité de ses composants en interne, une stratégie qui doit lui permettre de mieux contrôler ses coûts, ses délais et l’évolution de son véhicule.
Une réussite après les difficultés du premier vol
Le premier vol de Spectrum, réalisé le 30 mars 2025, s’était terminé environ trente secondes après le décollage. Le vol avait été interrompu par le système de sécurité et le lanceur était retombé dans la mer de manière contrôlée.
Spectrum failed very shortly after liftoff but it undoubtedly still provided massive amounts of data for Isar Aerospace to learn and improve from. pic.twitter.com/7c53JYnxd9
— Booster 10 (@booster_10) March 30, 2025
Vol inaugural fusée Spectrum : un décollage réussi mais un vol écourté
L’enquête menée après cette tentative avait identifié deux événements principaux : l’ouverture imprévue d’une vanne de mise à l’air libre et une perte de contrôle de l’attitude au début de la manœuvre de roulis.
Isar Aerospace avait ensuite renforcé la robustesse du système de contrôle, amélioré la programmation de la mission et ajouté des marges supplémentaires face aux conditions environnementales. Les données recueillies lors du premier vol ont donc été directement utilisées pour préparer cette deuxième tentative.
Un tournant pour l’accès européen à l’espace
La réussite de Spectrum intervient alors que l’Europe cherche à renforcer son autonomie dans le domaine des lancements. Pendant plusieurs années, le continent a dépendu de capacités limitées et de partenaires extérieurs pour placer certains satellites en orbite.
Avec Spectrum, Isar Aerospace veut proposer une solution commerciale flexible aux opérateurs de satellites, aux institutions et aux futures constellations. Le lancement depuis Andøya offre également à l’entreprise une infrastructure européenne dédiée, adaptée aux missions vers différentes inclinaisons orbitales.
Cette réussite ne signifie pas encore que l’Europe dispose d’une capacité de lancement comparable à celle des plus grands opérateurs mondiaux. Elle marque toutefois l’entrée en service d’un nouvel acteur privé capable d’atteindre l’orbite depuis le sol européen.
Spectrum 2 launch from Andøya, seen from Tromsø. pic.twitter.com/Orrx6lNnyY
— Øyvind Pedersen (@oyvindpe) September 5, 2026
Isar Aerospace prépare déjà la suite
L’entreprise allemande ne compte pas s’arrêter à ce deuxième vol. Isar Aerospace indique que les véhicules Spectrum numérotés 3 à 7 sont déjà en production.
Son nouveau site industriel de 40 000 mètres carrés, construit près de Munich, doit progressivement permettre la fabrication de jusqu’à 40 lanceurs par an. Isar Aerospace prépare également un futur complexe de lancement en Nouvelle-Écosse, au Canada, afin de couvrir des orbites particulièrement intéressantes pour l’observation de la Terre et les télécommunications.
La prochaine étape sera désormais de transformer cette réussite technologique en cadence commerciale régulière. La confirmation de l’état des satellites, la répétition des vols et la capacité à produire Spectrum en série seront déterminantes pour démontrer que l’Europe peut réellement disposer d’une nouvelle alternative privée pour ses lancements orbitaux.
Source
Le communiqué de presse publié par Isar Aerospace le 05/09/2026 est ici
