ELM-Diamant : le pas de tir historique du CSG renaît pour le NewSpace
Au cœur de la savane guyanaise, l’ancien pas de tir Diamant du Centre Spatial Guyanais (CSG) reprend du service sous le nom d’ELM-Diamant (Ensemble de Lancement Multi-lanceurs). Cinquante ans après avoir vu décoller les premières fusées françaises dans les années 1970, ce site est réhabilité pour accueillir la nouvelle génération de micro- et mini-lanceurs privés.
Cette reconversion marque un tournant pour le port spatial de l’Europe : le CSG s’ouvre au NewSpace et prépare la cohabitation, dès 2026, entre les lanceurs institutionnels Ariane 6 et Vega-C et les fusées privées destinées aux satellites de moins de 1 500 kg.
Un héritage : du lanceur Diamant au NewSpace
Le nom “Diamant” évoque la première grande épopée spatiale française :
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En 1965, le lanceur Diamant-A, tiré depuis Hammaguir (Algérie), met en orbite le satellite Astérix, faisant de la France la 3ᵉ puissance spatiale au monde.
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Après l’indépendance algérienne, un pas de tir Diamant est construit au CSG de Kourou. Il est utilisé pour plusieurs lancements dans les années 1970 avant d’être abandonné au profit des ensembles Ariane.
Avec l’ELM-Diamant, le CNES redonne vie à ce site historique tout en l’adaptant aux besoins du XXIᵉ siècle.
Un concept innovant : mutualiser pour lancer plus vite
Le projet ELM-Diamant repose sur un principe inédit :
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Le CNES finance et gère les moyens communs : routes, réseaux d’eau et d’électricité, fibre, sécurité, zone d’accueil et bâtiments de coordination.
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Chaque opérateur construit et exploite ses moyens spécifiques : table de lancement, tour de service, réservoirs d’ergols, hangars d’intégration.
Cette mutualisation, soutenue par France 2030 à hauteur de 50 M€, permet de réduire les coûts et l’impact environnemental en réutilisant les réseaux déjà présents sur le site historique.
« L’ELM-Diamant rend le port spatial de l’Europe accessible aux lanceurs privés tout en préservant son patrimoine historique », résume le CNES.
Un chantier par étapes
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2020 : démantèlement du vieux portique Diamant et des installations obsolètes.
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2022 : terrassements et préparation des réseaux.
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Mai 2025 : obtention de l’autorisation administrative d’aménagement.
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17 septembre 2025 : pose de la première pierre du chantier en présence du CNES, des autorités guyanaises et des industriels du NewSpace.
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2026 : premiers essais et lancements de micro-lanceurs, notamment Miura 5 de PLD Space.
Le site s’étend sur environ 120 hectares, dont 7 hectares correspondent à l’ancien pas de tir Diamant.
Des acteurs déjà engagés
L’ELM-Diamant pourra héberger jusqu’à cinq opérateurs privés. À ce jour, quatre sociétés européennes ont signé un accord de faisabilité avec le CNES :
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PLD Space (Espagne) – son micro-lanceur Miura 5 sera le premier à décoller de l’ELM dès 2026 ; la convention d’occupation temporaire a été signée le 17 juin 2025 au Salon du Bourget.
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Isar Aerospace (Allemagne)
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Rocket Factory Augsburg (RFA) (Allemagne)
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Latitude (France)
Le démonstrateur CALLISTO, un premier étage réutilisable développé par le CNES, le DLR et la JAXA, utilisera également le site pour ses tests.

Respect de l’environnement et innovation durable
La réhabilitation de l’ELM-Diamant a intégré dès la conception des mesures environnementales :
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réduction de l’emprise au sol ;
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réutilisation des réseaux existants ;
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mares artificielles pour les espèces protégées ;
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relocalisation de plantes endémiques ;
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suivi écologique du chantier pour limiter l’impact sur la savane guyanaise.
Ces efforts s’inscrivent dans la volonté de minimiser l’empreinte carbone et de concilier développement spatial et biodiversité.
Un tremplin pour le CSG et l’Europe spatiale
Le CNES prévoit qu’avec Ariane 6, Vega-C et l’ELM-Diamant, le CSG pourra atteindre une cadence de 30 à 40 lancements par an, tous lanceurs confondus.
L’ELM-Diamant permettra de :
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diversifier l’offre de lancements européens,
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répondre à la demande croissante pour les constellations de petits satellites,
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renforcer la souveraineté spatiale européenne,
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créer des retombées économiques locales en Guyane : emplois directs, sous-traitance, formation, tourisme spatial.
En redonnant vie au pas de tir Diamant, le CNES honore l’héritage du premier lanceur français tout en l’adaptant aux besoins des nouveaux acteurs spatiaux. L’ELM-Diamant incarne à la fois la mémoire du spatial français et l’élan du NewSpace européen.
Source
Retrouvez deux communiqués publiés par le CNES, un le 19/09/2025 ici et un autre publié le 17/09/2025 ici.
