Les Accords Artemis : présentation, enjeux, et utilité réelle
Adoptés en 2020 par la NASA et ses partenaires, les Accords Artemis visent à encadrer les futures missions lunaires et martiennes dans une optique pacifique, durable et coopérative. Mais derrière ce cadre juridique volontaire se dessine aussi une nouvelle dynamique géopolitique. Qu’apportent réellement ces accords et servent-ils à protéger l’espace… ou à l’orienter selon des intérêts spécifiques ?
Qu’est-ce que les Accords Artemis ?
Les Accords Artemis sont des engagements politiques non contraignants, signés aujourd’hui par 56 pays au 8 août 2025. Leur but est de formaliser des règles de bonne conduite pour l’exploration lunaire et martienne, tout en assurant la transparence, la coopération internationale et la sécurité dans l’espace. Ils complètent les principes du Traité de l’espace de 1967, en ajoutant des précisions pratiques adaptées à l’époque actuelle.
Les 12 grands principes des Accords
- Utilisation pacifique de l’espace
- Transparence sur les activités spatiales
- Interopérabilité des infrastructures spatiales
- Assistance aux astronautes en détresse
- Enregistrement des objets spatiaux
- Partage des données scientifiques
- Protection du patrimoine spatial (ex : Apollo 11)
- Utilisation des ressources spatiales sans appropriation nationale
- Prévention des interférences entre missions
- Zones de sécurité temporaires autour des sites d’activité
- Réduction des débris spatiaux
- Révision régulière des principes par les signataires

Comparaison avec le Traité de l’Espace
🔗 Pour aller plus loin, voir notre article complet sur le Traité de l’Espace.
| Thème | Traité de l’espace (1967) | Accords Artemis (2020) |
|---|---|---|
| Nature juridique | Traité contraignant adopté à l’ONU | Engagement politique non contraignant |
| Champ d’application | Toute activité spatiale | Lune, Mars, comètes, astéroïdes |
| Exploitation des ressources | Pas explicitement autorisée | Autorisation encadrée, non assimilée à de l’appropriation |
| Zones de sécurité | Non prévues | Création de “safety zones” temporaires |
| Protection du patrimoine | Non mentionnée | Prévue explicitement |
| Adhésion | Plus de 110 États | Environ 50 États (2025), pas la Chine ni la Russie |
Liste des pays signataires des Accords Artemis (août 2025)
🌎 Amériques
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Amérique du Nord : États-Unis, Canada, Mexique
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Amérique centrale et Caraïbes : Panama, République dominicaine
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Amérique du Sud : Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Équateur, Pérou, Uruguay
🌍 Europe
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Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Chypre, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Islande, Italie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Royaume-Uni, Norvège

🌏 Asie
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Arabie saoudite, Arménie, Bahreïn, Bangladesh, Corée du Sud, Inde, Israël, Japon, Singapour, Thaïlande
🌐 Océanie
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Australie, Nouvelle-Zélande
🌍 Afrique
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Angola, Nigeria, Rwanda, Sénégal
Une gouvernance fragmentée
Les Accords Artemis sont largement soutenus par les alliés des États-Unis (Europe, Japon, Canada, Inde…), mais refusés par la Chine et la Russie, qui développent leur propre projet de base lunaire : l’International Lunar Research Station. Cette fracture pose la question de la gouvernance spatiale : un droit global ou des blocs rivaux ?
Pourquoi certains pays refusent de signer
Méfiance envers une initiative américaine
La Chine et la Russie dénoncent un texte élaboré hors du cadre multilatéral de l’ONU, perçu comme servant les intérêts américains.
Appropriation indirecte des ressources
Les “zones de sécurité” pourraient donner un avantage aux premiers arrivés, en contradiction avec le principe de non-appropriation.
Projets concurrents
Pékin et Moscou développent leur propre International Lunar Research Station (ILRS), prévue pour les années 2030.
Enjeux de leadership
Signer les Accords Artemis est vu comme un alignement politique sur Washington, dans un contexte de rivalité spatiale accrue.
Les Accords Artemis constituent une avancée pragmatique pour encadrer la prochaine étape de l’exploration spatiale. S’ils renforcent la sécurité et la coopération entre les États signataires, ils restent juridiquement fragiles et géopolitiquement partiels. L’avenir du droit spatial dépendra de la capacité de ces principes à s’imposer au-delà des sphères d’influence et à fédérer les acteurs mondiaux autour d’un cadre universel et équitable.
Source
Le site de la NASA consacré aux Accords Artemis est ici, le PDF officiel de ces accords est ici et la liste des pays signataires ici.
