Chang’e 7 et 8 : les missions chinoises qui préparent le terrain pour la Lune habitée
Alors que la Chine vise un alunissage habité avant 2030, deux missions robotiques majeures doivent ouvrir la voie : Chang’e 7 et Chang’e 8. Elles exploreront le pôle Sud lunaire, une région d’intérêt scientifique et stratégique pour ses dépôts de glace d’eau et son ensoleillement quasi permanent. Leur rôle : reconnaître le terrain, tester de nouvelles technologies et poser les premières briques de la future base lunaire internationale ILRS (International Lunar Research Station)
Du robot à l’humain : la continuité du programme Chang’e
Depuis Chang’e 1 en 2007, la Chine suit une progression méthodique vers l’exploration habitée :
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Observer (Chang’e 1-2) : les deux premières sondes ont cartographié la surface lunaire et analysé sa composition, établissant les premières cartes 3D de la topographie et des minéraux.
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Se poser (Chang’e 3-4) : Chang’e 3 a réalisé en 2013 le premier alunissage chinois et a déposé un petit rover baptisé Yutu (Lapin de jade), tandis que Chang’e 4 a marqué en 2019 une première mondiale en se posant sur la face cachée de la Lune, démontrant la maîtrise de l’alunissage automatique. Il a également déposé le rover Yutu 2.
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Ramener (Chang’e 5-6) : ces missions ont collecté et rapporté sur Terre des échantillons lunaires, dont les premiers issus de la face cachée en 2024, validant la chaîne complète de retour automatique.
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Préparer l’humain (Chang’e 7-8) : les prochaines missions se concentrent sur l’exploration du pôle Sud et les technologies d’exploitation locale (eau, oxygène, énergie), étapes préalables à l’installation d’équipages.
Les deux prochaines missions formeront le deuxième cycle lunaire du programme, celui de la pré-exploration habitée. Elles précéderont directement l’envoi d’un équipage à bord de Mengzhou et Lanyue, prévu d’ici la fin de la décennie.
Chang’e 7 : reconnaissance du pôle Sud lunaire
Prévue pour 2026, Chang’e 7 sera une mission d’exploration complète du pôle Sud.
Elle embarquera un ensemble de quatre modules :
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un orbiteur, chargé de la cartographie et des relais de communication ;
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un atterrisseur, d’environ 8,2 tonnes au lancement ;
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un rover, pour l’étude du régolithe ;
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et un micro-drone sauteur, capable d’explorer les cratères plongés dans l’ombre permanente — une première mondiale.
Le drone effectuera de courts bonds grâce à un moteur miniature pour analyser les zones froides susceptibles de contenir de la glace d’eau. L’ensemble mesurera la composition minéralogique, la température du sol et les variations de lumière au pôle Sud.

Selon les informations de la CNSA, le cratère Shackleton a été probablement retenu comme site d’atterrissage, parmi plusieurs candidats (Amundsen, Haworth, Schrödinger). Des partenariats scientifiques internationaux sont attendus, notamment avec les Émirats arabes unis et l’Agence spatiale européenne (ESA), qui devraient fournir plusieurs instruments de mesure.
Chang’e 8 : démonstrateur technologique pour l’ILRS
Prévue pour 2028-2029, Chang’e 8 complétera la mission précédente en testant les technologies nécessaires à une présence durable sur la Lune. Elle devrait viser notamment à démontrer :
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la fabrication additive (impression 3D) à partir de régolithe lunaire ;
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l’extraction d’oxygène à partir des oxydes du sol (ISRU) ;
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l’automatisation complète d’un module de recherche robotique ;
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et la coopération entre plusieurs engins à la surface.
Contrairement à certaines spéculations, Chang’e 8 n’emportera pas de module pressurisé pour équipage, mais pourrait inclure un prototype structurel non habité, servant à tester les matériaux et les systèmes énergétiques d’un futur habitat.
La mission disposera d’environ 200 kg de charge utile internationale, selon la CNSA, et s’inscrira directement dans le cadre du projet ILRS, en partenariat avec la Russie et d’autres nations émergentes.
Les prémices de la base lunaire internationale (ILRS)
Les missions Chang’e 7 et 8 forment la première phase opérationnelle du programme ILRS, codéveloppé par la CNSA et Roscosmos. Leur rôle : établir un avant-poste scientifique et logistique automatisé avant l’arrivée d’équipages humains.
Chronologie prévisionnelle :
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2026 – 2030 : phase robotique – installation d’instruments, antennes, laboratoires automatiques ;
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2030 – 2035 : phase habitée – arrivée des taïkonautes via Mengzhou / Lanyue ;
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après 2035 : phase permanente – base opérationnelle et extension internationale.
L’ILRS devrait comprendre à terme une plateforme orbitale, un module d’habitat, une centrale solaire et des véhicules logistiques automatiques.

Des communications déjà assurées
Les deux missions seront soutenues par le satellite relais Queqiao-2, lancé en 2024 et placé sur une orbite halo autour du point de Lagrange L2. Il garantit une liaison permanente entre la Terre et les pôles lunaires, permettant la transmission de données et le contrôle en temps réel, y compris dans les zones d’ombre où Chang’e 7 interviendra.
Une approche différente d’Artemis
Sur le plan international, Chang’e 7 et 8 constituent une réponse directe au programme Artemis de la NASA. Alors qu’Artemis repose sur des partenariats occidentaux et des acteurs privés (SpaceX, Blue Origin), la Chine mise sur un modèle institutionnel et étatique, ouvert à des pays d’Asie, d’Afrique ou d’Europe de l’Est.
Si Artemis III pourrait ramener des astronautes sur la Lune vers 2027 ou 2028, la Chine privilégie une approche plus progressive : exploration robotique, validation technologique, puis missions habitées autour de 2030. Ces deux trajectoires traduisent deux philosophies distinctes de l’exploration lunaire : l’une ouverte et commerciale, menée par la NASA avec ses partenaires privés, l’autre institutionnelle et centralisée, portée par la CNSA et ses alliés internationaux.
Chang’e 7 et 8 sont des maillons essentiels entre les succès robotiques passés et les ambitions humaines à venir. Elles permettront de déterminer les ressources disponibles, les risques environnementaux et les sites les plus sûrs pour l’installation d’une future base lunaire.
Sources
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Wikipedia – Chang’e 7 (FR), Wikipedia – Chang’e 8 (FR), Wikipedia – Chang’e 8 (EN), Xinhua – “Chang’e 7 to explore lunar south pole”, 2025. China Daily – “Chang’e 8 to test in-situ resource use and 3D printing”, 2024. Global Times – “China, Russia unveil ILRS roadmap”, 2024. Space.com — China’s Chang’e 8 mission likely to include in-situ resource utilization, 3D printing bricks.
