Présentation de Long March 10 : le lanceur chinois qui vise la Lune
Lorsque la Chine a dévoilé son ambition de poser des astronautes sur la Lune avant 2030, une question s’est immédiatement posée : avec quel lanceur ? La réponse tient désormais en deux mots : Long March 10. Ce géant d’environ 92 mètres de haut incarne la nouvelle génération de fusées chinoises, conçues pour acheminer les astronautes et leur matériel au-delà de l’orbite terrestre. Il constitue la pierre angulaire de la stratégie chinoise pour établir une présence humaine durable sur la Lune.
Un pilier du programme lunaire chinois
Depuis le lancement de Chang’e 1 en 2007, la Chine suit une progression méthodique : survoler, se poser, rapporter, puis envoyer. Le succès de Chang’e 6 en 2024 (premier retour d’échantillons de la face cachée) a marqué la fin d’un cycle d’exploration robotique. La prochaine étape, l’envoi d’humains, nécessite un lanceur capable de propulser d’importantes charges vers la Lune : le Long March 10, ou CZ-10 selon sa désignation officielle.
Conçu par la China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC), le Long March 10 ne dérive pas des modèles précédents : il s’agit d’un développement entièrement nouveau, spécifiquement pensé pour les missions habitées.
Un colosse pour viser la Lune
Dans sa version standard, le Long March 10 mesure environ 92 mètres de hauteur. Sa structure repose sur un premier étage et deux boosters latéraux de cinq mètres de diamètre, chacun équipé de sept moteurs YF-100K, soit 21 moteurs allumés simultanément au décollage. La poussée initiale atteint environ 2 600 tonnes, soit près du double de celle d’une fusée Ariane 5 – une performance qui illustre l’ampleur de la montée en puissance chinoise.

Le deuxième étage est propulsé par deux moteurs YF-100M, tandis que le troisième utilise trois moteurs cryogéniques YF-75E, optimisés pour la poussée dans le vide spatial. Ce triptyque offre une performance remarquable : environ 70 tonnes en orbite basse terrestre (LEO) et 27 tonnes vers la trajectoire trans-lunaire (TLI).
Une variante dérivée, la Long March 10A, sera partiellement réutilisable. Plus compacte, elle récupérera son premier étage après le vol, une première pour la Chine. Cette version servira aux missions orbitales autour de la Terre, tandis que la version complète, non réutilisable, sera réservée aux missions lunaires habitées.
Un défi technologique colossal
Faire décoller un engin doté de 21 moteurs impose une précision extrême. Le moindre écart de poussée peut compromettre la stabilité du vol. Les ingénieurs de la CNSA testent minutieusement la coordination moteur, la résistance cryogénique et la sécurité du système d’abandon d’urgence
Des essais prometteurs à Wenchang
Le centre spatial de Wenchang, sur l’île de Hainan, est devenu le cœur du programme. En 2025, plusieurs essais statiques du premier étage ont été menés avec succès : les sept moteurs YF-100K ont fonctionné simultanément pendant 320 secondes, validant la stabilité de la poussée et la résistance structurelle.
Les prochaines étapes incluent des tests de séparation d’étages et d’allumage séquentiel en vol simulé. Si le calendrier reste conforme aux prévisions, le premier vol orbital pourrait avoir lieu en 2027, ouvrant la voie à la certification pour le vol habité d’ici la fin de la décennie.
Le cœur du scénario lunaire
Pour un alunissage habité, la Chine a retenu une architecture à deux lancements.
- Le premier Long March 10 placera en orbite lunaire la capsule habitée Mengzhou, avec l’équipage.
- Le second enverra l’alunisseur Lanyue et son module de propulsion.
- Les deux engins se rejoindront ensuite autour de la Lune pour un rendez-vous orbital.
- Les taïkonautes transféreront alors dans Lanyue, descendront sur la surface, puis remonteront pour rejoindre Mengzhou avant de regagner la Terre.
Ce scénario s’inspire partiellement de l’expérience Apollo, tout en simplifiant certaines étapes. Surtout, il repose sur une chaîne 100 % nationale : lanceur, capsule et alunisseur sont tous conçus en Chine.
Le rival du SLS américain ?
La comparaison avec le Space Launch System (SLS) de la NASA, conçu pour le programme Artemis, est inévitable. Le SLS affiche une capacité légèrement supérieure — environ 95 tonnes en orbite basse — mais la Chine a choisi une approche différente : deux lancements coordonnés plutôt qu’un seul très lourd.
Le Long March 10 ne cherche pas la surenchère de puissance, mais la fiabilité et la cadence. Son développement repose sur une production intégrée : moteurs, réservoirs, électronique et commandes sont fabriqués au sein des mêmes structures industrielles. Ce modèle réduit la dépendance aux sous-traitants et pourrait offrir une régularité de tir supérieure à celle du SLS, bien que la certification pour vols habités reste un défi majeur.
La clé du programme lunaire chinois
Le Long March 10 est bien plus qu’une fusée : c’est le symbole du passage de la Chine au rang de puissance spatiale complète. Comme Saturn V pour les États-Unis dans les années 1960, il représente un mélange d’ambition scientifique et de prestige national.
Si les essais à Wenchang se poursuivent sans incident, la Chine pourrait disposer d’ici 2028-2029 de tous les éléments nécessaires pour un vol lunaire habité. Chaque allumage de test, chaque validation moteur, rapproche un peu plus Pékin de son objectif : voir un drapeau chinois flotter sur le sol lunaire avant la fin de la décennie.
Sources
China Global Television Network (CGTN) – “Long March 10 successfully completes second static fire test”, 13 septembre 2025. Global Times – “China’s Long March 10 completes 320-second ground test”, août 2025. Xinhua English News – “Long March 10 carrier rocket prepared for manned lunar missions”, 15 août 2025. Wikipedia (EN) – Long March 10 rocket. China In Space – Analysis – “Long March 10 roars to life in Wenchang”, 2025.

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