Présentation de Lanyue : l’alunisseur habité chinois
Après la fusée Long March 10 et la capsule Mengzhou, la Chine développe la troisième pièce maîtresse de son programme lunaire habité : Lanyue, le premier alunisseur conçu pour déposer des taïkonautes sur la surface de la Lune d’ici 2030.
Lanyue, un nom symbolique pour une ambition historique
Le 24 février 2024, la China Manned Space Agency (CMSA) dévoilait officiellement le nom de ses deux nouveaux véhicules lunaires : Mengzhou (梦舟, “Bateau des rêves”) pour la capsule habitée, et Lanyue (揽月, “Embrasser la Lune”) pour l’alunisseur. Deux appellations poétiques, mais à la portée hautement stratégique : elles incarnent l’étape ultime du programme spatial habité chinois, amorcé il y a plus de vingt ans.
Avec Lanyue, la Chine prépare la dernière phase de sa feuille de route lunaire : le premier alunissage habité chinois avant 2030. L’engin est au cœur du programme d’exploration lunaire habitée (CELP), qui précédera la construction d’une future base scientifique internationale sur la Lune (ILRS), menée conjointement avec la Russie et plusieurs partenaires internationaux.

Une architecture biplace pour l’exploration lunaire
Lanyue est un véhicule biplace, conçu pour transporter deux taïkonautes depuis l’orbite lunaire jusqu’à la surface, et les ramener ensuite vers la capsule Mengzhou. Le séjour prévu sur la Lune durera de 48 heures à six jours, selon la mission et les objectifs scientifiques.
L’alunisseur se compose de deux éléments principaux :
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Le module de descente, doté d’un moteur principal et de quatre trains d’atterrissage repliables, chargé d’assurer la manœuvre de freinage et l’alunissage en douceur.
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Le module de remontée, pressurisé, abritant les deux astronautes, les systèmes de navigation et de survie, ainsi que la propulsion pour le retour en orbite lunaire.
L’ensemble pèse environ 26 tonnes au lancement, soit près d’un peu moins du double du module lunaire Apollo LM. Plusieurs moteurs sont à l’étude, notamment le YF-36 (déjà éprouvé lors de missions Chang’e) ou des versions nouvelles en cours de tests — mais aucun nom ferme n’a été confirmé pour l’instant. Deux grands panneaux solaires alimentent le système électrique du module de remontée.
Une approche modulaire et sûre
La stratégie chinoise repose sur une architecture en deux lancements indépendants :
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Le premier lanceur Long March 10 met en orbite lunaire la capsule Mengzhou et son équipage.
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Le second envoie Lanyue et son module de propulsion vers la même orbite.

Les deux engins s’y rejoignent pour un rendez-vous orbital automatisé, avant que les taïkonautes ne passent de Mengzhou à Lanyue pour entamer la descente vers la surface. Cette approche, plus légère qu’un lancement unique ultra-lourd, offre une grande flexibilité logistique et limite les risques : si un des deux véhicules rencontre un problème, la mission peut être interrompue sans compromettre la sécurité de l’équipage.

Le module de remontée est conçu pour une autonomie de plusieurs jours, avec un système de support-vie complet : oxygène recyclé, régulation thermique, stockage d’eau et de denrées. Les systèmes de communication reposent sur la constellation Queqiao-2, déployée en 2024 pour assurer la liaison continue entre la Terre, la face cachée et les sites polaires lunaires.

Des essais techniques prometteurs
Depuis 2024, plusieurs maquettes et prototypes de Lanyue ont été testés dans les laboratoires du China Academy of Space Technology (CAST).
Ces essais couvrent un large éventail d’aspects techniques :
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Tests de séparation structurelle et de déploiement des trains d’atterrissage,
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Essais de vibrations et de contraintes thermiques, simulant les conditions du lancement,
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Validation des algorithmes de navigation autonome pour l’atterrissage en terrain irrégulier,
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Expérimentations de propulsion avec contrôle fin de la poussée.
Ces étapes confirment que la conception de Lanyue suit la même rigueur que celle appliquée aux missions Chang’e. L’objectif est de valider une descente automatique de précision, capable d’éviter les obstacles en temps réel grâce à une navigation par capteurs laser et radar.
D’après la CMSA, un prototype robotique de Lanyue sera testé avant toute mission habitée, afin de valider le profil complet de descente et de remontée. Ce démonstrateur pourrait voler dès 2027-2028, précédant la version habitée finale.
Un calendrier progressif
Si le programme suit le plan actuel :
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2027–2028 → vol robotique de validation de Lanyue ;
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2028–2029 → mission conjointe Mengzhou–Lanyue sans équipage ;
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2030 → premier alunissage habité chinois.

Les essais structurels en cours laissent penser que le développement est entré en phase d’intégration. L’alunisseur pourrait se poser près du pôle Sud lunaire, zone ciblée pour ses ressources en glace et son potentiel scientifique.
Un rival discret du Starship HLS américain
Face au Human Landing System (HLS) développé par SpaceX pour la NASA, Lanyue représente une approche radicalement différente.
Le Starship HLS mise sur la réutilisation et la capacité lourde (plus de 100 t sur la surface), tandis que la Chine privilégie la sobriété et la fiabilité : un engin plus compact, conçu pour des missions répétées mais non réutilisables.
Les deux architectures reposent sur des philosophies opposées :
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États-Unis : puissance et modularité privée (SLS + Starship).
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Chine : intégration complète publique (Long March 10 + Mengzhou + Lanyue).

Les États-Unis ne misent d’ailleurs pas sur un seul modèle. En parallèle du Starship, Blue Origin développe son propre alunisseur, le Blue Moon Mark 2, sélectionné par la NASA en 2023 comme deuxième système d’alunissage habité du programme Artemis. Plus petit et plus modulaire, Blue Moon est pensé pour des missions plus courtes, mais hautement automatisées, avec un équipage de deux astronautes.
Sur le plan opérationnel, les deux nations pourraient atteindre la surface lunaire presque simultanément autour de 2030, chacune avec un équipage de deux à quatre astronautes.
Le grand saut
Le scénario chinois d’alunissage suit une séquence inspirée d’Apollo, mais adaptée à la technologie moderne :
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Rendez-vous orbital entre Mengzhou et Lanyue.
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Descente propulsée de l’alunisseur vers la surface.
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Séjour scientifique de quelques jours (échantillons, capteurs, études géologiques).
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Décollage du module de remontée, rejoint ensuite à Mengzhou.
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Retour vers la Terre après séparation du module de service.
Avec Lanyue, Pékin finalise le triptyque de son programme lunaire habité : Long March 10 pour la puissance, Mengzhou pour le transport, et Lanyue pour le pas décisif sur la surface. C’est une démonstration d’ingénierie, mais aussi de continuité politique : un projet amorcé avec Chang’e-1 en 2007, consolidé par Chang’e-6 en 2024, et désormais prêt à accomplir le rêve d’un drapeau chinois planté sur la Lune avant 2030.
Sources
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CGTN – “China unveils Lanyue and Mengzhou, vehicles for manned lunar exploration”, 24 février 2024.
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Xinhua English News – “China releases details of its manned lunar program”, 2024.
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NASA Spaceflight.com – “Analysis of China’s dual-launch lunar mission profile”, 2025.
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Wikipedia (EN) – Lanyue (spacecraft), consulté en octobre 2025.

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